VENUE ÉVÉNEMENT de Youssou NDour

Son style unique, empreint de ses origines sé- négalaises, a largement contribué à démocratiser les sonorités africaines auprès du grand public. Si la musique de Youssou NDour semble bien éloignée du jazz, l’artiste s’est pourtant penché sur ce registre il y a 10 ans, dans le documentaire “Retour à Gorée”. Il y interrogeait l’influence de la musique africaine sur le jazz, sous le prisme de l’esclavage. Entretien avec un artiste engagé. ❚ Vous jouez à Marseille dans le cadre de son festival de jazz. Quel rapport entretenez-vous avec ce style musical ? C’est un style musical que j’aime bien, qui fait partie de notre Histoire, et de l’Histoire de l’Afrique. Cela dit, je ne suis pas un jazzman, mais j’appré- cie…

❚ Le tournage de “Retour à Gorée” a-t-il fait évoluer votre regard sur cette musique, ses origines ? Oui, j’ai appris beaucoup de choses, et j’ai été entouré de plusieurs musiciens de jazz pendant plusieurs semaines. C’est un très bon souvenir, une belle expérience humaine et musicale. Nous avons débuté le tournage à la Nouvelle Orléans, juste après le passage dévastateur de l’ouragan, et nous avons terminé par un magnifique concert sur l’île de Gorée. Mes chansons ont été réadaptées en version jazz, c’était très émouvant de voir comment des artistes d’un autre registre musical que le mien interprétaient et ressentaient ma musique.

❚ Début juin, vous étiez en Normandie pour chanter la paix sur la plage d’Omaha Beach. Depuis toujours, vous vous investissez dans les causes humanitaires. Pour vous, la musique est-elle nécessairement engagée ? Tout dépend de la carrière que l’on fait. Pour moi, l’engagement humanitaire a toujours fait partie de ce que je suis. Je l’ai compris le jour où j’ai compris que les textes que je chantais étaient porteurs, je me suis dit, oui, je dois faire passer des messages parce que j’ai un micro et que j’ai la chance d’être écouté. Donc je dois porter la parole des gens qu’on n’écoute pas, et essayer de faire bouger les choses. Je vis au Sénégal, j’ai toujours chanté les problèmes de société, de l’Afrique, mais aussi ses côtés très positifs dont on ne parle que rarement en général. J’aime véhiculer des messages qui sont porteurs, je suis très impliqué dans l’évolution de mon pays, donc tant mieux si je peux en parler dans mes chansons. ❚ Vous exercez des fonctions politiques, êtes ministre conseiller du président du Sénégal. Cette activité pourrait-elle vous amener à cesser votre carrière artistique ? Cesser ma carrière, il n’y a pas vraiment de raison pour que je le fasse, mais cela m’est déjà arrivé de la mettre entre parenthèses, et si je dois le refaire, je n’y vois pas d’inconvénient. Maintenant, ma passion, c’est la musique, j’adore composer, être en studio, partir en tournée…

❚ Vous êtes un artiste mobile, aux collaborations multiples… Vous retrouvez-vous dans l’éclectisme de Marseille Jazz des cinq continents ? La musique réunit les gens, les musiques réunissent les musiciens ! J.E. Le 25 juillet à 21 heures au Palais Longchamp (avec Somi).